Merci Trébla pour cette colo réalisée avec l'assentiment de Louis !
Et merci aussi pour cette idée originale d'en avoir fait une couverture de roman
Puisque c'est comme ça, on ne résiste pas au plaisir de vous faire lire l'amorce de “L'Opéra Moustache” …
(pardon d'avance pour cette satanée mise en page … grrr…)
dessin : Louis
Colo : Trébla
Monsieur Jacques Rouché, illustre directeur de l'Opéra Garnier, lissait sa longue moustache debout devant la grande fenêtre de son bureau. Habituellement, la vue d'ici était des plus agréables, mais aujourd'hui il en était tout autre, en cette journée d'hiver 1920. La pluie battante sur les toits rythmait ses pensées soucieuses liées aux récents troubles venus perturber la vie quotidienne de l'Opéra. Marion Bigot, la danseuse vedette de son prochain spectacle Pulcinella, s'était tout simplement volatilisée. Une enquête avait été ouverte par la police et un établissement aussi prestigieux que Garnier ne pouvait se permettre ce genre de scandale. Il lui fallait maintenant trouver une nouvelle danseuse aussi talentueuse que Marion en peu de temps, et Madame Roman, directrice artistique des ballets, n'allait pas lui rendre la tâche facile. Elle était très exigeante, comme la plupart des personnes avec lesquelles il avait décidé de travailler.
L'inspecteur Lavergne était chargé de résoudre ce mystère. Pour le moment il n'avait malheureusement aucune piste. Bien entendu, Jacques lui avait demandé d'être le plus discret possible sur cette affaire. Il n'avait pas besoin que la presse s'en mêle. Il était assez peiné d'avoir perdu l'une de ses filles dans des circonstances aussi étranges. Marion était pupille de l'état et Jacques se sentait un peu comme un père pour les quelques filles qui avaient ce statut particulier à l'Opéra. Son chagrin allait de paire avec le temps. Quelqu'un vint frapper à sa porte et troubler ses tristes pensées. Il secoua légèrement la tête comme si ce simple mouvement pouvait remettre de l'ordre dans ses idées.
- Ah ! Rose, que puis-je pour vous ?
- Je vous apporte les dossiers des quatre candidates que j'ai sélectionnées pour l'audition du 26.
- Parfait vous pouvez les laisser sur mon bureau. Je les lirai plus tard… Vous savez Rose, je ne sais pas si j'arriverai à donner ce rôle à une autre personne que Marion.
- Il n'est pas trop tard pour annuler le spectacle, vous savez.
- Vous avez raison, Rose, mais à bien y réfléchir, je suis sûr que Marion aurait souhaité que nous maintenions la représentation. Ce spectacle aura lieu, même sans elle.
- Vous êtes bien sombre Jacques, nous la retrouverons peut-être.
- J'ai un mauvais pressentiment Rose… oui, un mauvais pressentiment…
Madame Roman s'était éclipsé, la mine tout aussi sombre que la sienne. Toujours préoccupé et l'œil plutôt distrait, Jacques prit connaissance des candidatures sélectionnées par Rose.
Les quatre jeunes femmes qui allaient se présenter n'avaient certes pas suivi une formation aussi stricte que celle prodiguée à l'Opéra même, mais elles semblaient réunir les qualités indispensables à de futures danseuses professionnelles. C'est tout du moins ce que leurs dossiers de présentation vantaient.
L'un d'entre eux était annoté de la main de Rose. Il devint alors plus attentif.
Gabrielle Marcelin, 17 ans, originaire de Seine et Marne, avait été l'unique élève de sa tante, ancienne danseuse professionnelle, de qui elle tenait sa passion. En effet, il n'y avait pas d'école de danse dans le village de la jeune fille. Le dossier contenait également des éloges écrits du maire du village mais aussi de l'instituteur qui mettaient en avant sa « grâce naturelle », un « charme délicat».
La fameuse « tante Agathe » avait aussi écrit quelques lignes expliquant quelles techniques sa nièce maîtrisait plus précisément et parlait d'une « maturité étonnante » pour une danseuse qui n'avait pas encore eu l'occasion de se confronter à d'autres danseurs, ni d'évoluer en ballet.
Jacques sourit en refermant le dossier. S'il ne connaissait pas aussi bien Rose, sa rigueur, son professionnalisme, et même sa sévérité, il aurait pu douter de son objectivité sur cette présélection. Mais il avait toute confiance en elle et espérait bien que cette audition lui donnerait une fois de plus raison.
Pour sa part, ce n'est pas seulement l'esthétisme et la technique qu'il évaluerait mais aussi la personnalité, la capacité à ne pas se laisser impressionner et la réactivité.
Tout cela reposerait sur un très bref entretien dont il devra se faire le chef d'orchestre. Il n'aurait pas droit à l'erreur : la candidate retenue devrait non seulement avoir un niveau irréprochable pour reprendre le rôle, mais aussi une excellente faculté d'adaptation. Elle devrait savoir s'imposer et faire preuve de ténacité pour apprendre cette chorégraphie et rattraper en quelques semaines un travail de plusieurs mois.
Le soir tombait. Il se dit qu'il était temps de retrouver la chaleur de son foyer. Il avait toujours trouvé compréhension, soutien et réconfort auprès de Marthe, sa tendre épouse, discrète mais toujours si présente.
C'est auprès d'elle qu'il avait besoin d'être à cet instant pour échapper à de plus sombres pensées. Il mit son chapeau, prit son pardessus, sa canne et sortit prestement de son bureau.
à suivre …
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